Pourquoi les Haïtiens sont des Africains

Une île des Caraïbes, un continent à des milliers de kilomètres, et une histoire qui les relie depuis cinq siècles.

La question revient souvent, posée avec une pointe de surprise. Haïti est dans les Caraïbes, pas en Afrique. Alors pourquoi parler d’africanité ? La réponse tient en quelques faits, et elle explique pourquoi cette marque existe.

Avant Haïti, il y avait Ayiti

L’île ne s’est pas toujours appelée Haïti. Avant l’arrivée des Européens, ses habitants la nommaient Ayiti, ce qui signifie terre montagneuse en langue arawak. Elle était peuplée par les Taïnos, un peuple amérindien organisé en chefferies, qui vivait de culture, de pêche et de commerce entre les îles.

L’arrivée de Christophe Colomb en 1492 met fin à ce monde en quelques décennies. Maladies importées, travail forcé et violence font disparaître la quasi-totalité de la population taïno. Le nom Ayiti, lui, survivra et sera repris trois siècles plus tard par ceux qui reprendront l’île.

Un continent déplacé de force

Pour remplacer la main-d’œuvre disparue, les puissances coloniales organisent la déportation massive d’Africains. La partie occidentale de l’île, devenue française sous le nom de Saint-Domingue, se transforme en la colonie la plus rentable du monde, bâtie sur la canne à sucre, le café et l’esclavage.

Les hommes et les femmes débarqués venaient du golfe de Guinée, du Kongo, du Dahomey, du pays yoruba. Ils n’ont pas laissé leur culture derrière eux.

 Langues, croyances, musiques, techniques agricoles et façons de cuisiner ont traversé l’Atlantique avec eux et se sont recomposées sur place.

C’est de ce brassage que naît le créole haïtien, une langue construite sur un lexique français et des structures africaines. C’est de là aussi que viennent les rythmes, les rites et une grande part de ce qui fait aujourd’hui la culture haïtienne.

1791 à 1804, la première république noire

En août 1791, une insurrection éclate dans le nord de la colonie. Elle ne s’arrêtera plus. Pendant treize ans, les insurgés affrontent successivement les colons, puis les troupes espagnoles, britanniques et françaises. Toussaint Louverture s’impose comme chef militaire et politique avant d’être capturé et déporté en France, où il meurt en 1803.

Jean-Jacques Dessalines prend la suite. Le 1er janvier 1804, l’indépendance est proclamée aux Gonaïves. L’île reprend son nom d’origine : Haïti. C’est la première fois qu’une révolte d’esclaves aboutit à la création d’un État souverain.

L’événement est considérable et il a longtemps été minimisé. Une population arrachée à l’Afrique et réduite en esclavage venait de battre l’armée la plus puissante d’Europe et de fonder sa propre nation.

Ce que cela veut dire aujourd'hui

Être haïtien, c’est descendre de ces femmes et de ces hommes. La géographie a changé, pas l’origine. Le lien avec l’Afrique n’est pas un symbole choisi après coup, c’est un fait généalogique, linguistique et culturel.

C’est ce que dit le nom H-FRO. Le H d’Haïti collé au FRO d’Afro, avec un A manquant qui rappelle ce que l’histoire a arraché. Deux syllabes pour un rappel simple, à porter sur soi plutôt qu’à expliquer à chaque fois.

Repères

Ce qu'on nous demande souvent

La très grande majorité des Haïtiens descend de populations africaines déportées vers l'île entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Le lien est généalogique, mais aussi linguistique et culturel, à travers le créole, les croyances et les pratiques musicales.

Il vient d'Ayiti, mot arawak qui signifie terre montagneuse. C'est le nom que les Taïnos donnaient à l'île avant l'arrivée des Européens, et celui que les révolutionnaires ont repris en proclamant l'indépendance en 1804.

Un peuple amérindien qui occupait les Grandes Antilles avant la colonisation. Leur population a été décimée en quelques décennies après 1492, mais leur langue a laissé des traces, à commencer par le nom même du pays.

Parce que l'indépendance proclamée le 1er janvier 1804 est le seul cas d'une révolte d'esclaves ayant abouti à la fondation d'un État souverain. Aucun autre soulèvement de ce type n'a connu la même issue.

Cette histoire, on la porte.

Polos et t-shirts, sérigraphiés en Europe.